De l’empire des Francs à la République et Canton du Jura

Porrentruy surgit dans l’histoire entre 968 et 1148. Il fut ainsi question, en 1948, de célébrer le 800e anniversaire de la naissance de notre ville. Les documents révèlent, en effet, l’existence d’une petite bourgade, dans la plaine est, avec une église paroissiale dédiée à Saint-Germain et, après 1233, avec chapelle, actuelle église St-Pierre sur la colline sud.

Le toponyme Porrentruy a suscité des explications diverses qui vont de Pons Ragentrudis (pont de Ragentrude, femme du bon roi Dagobert, mort en 639) à Bruntrutum (pays des sources abondantes, à cause des nombreuses rivières qui arrosent ou sillonnent le lieu : la Chaumont, la Favergeatte, la Beuchire, le Creugenat, l’Allaine, le Bacavoine, etc.). La prudence nouvelle des étymologistes incite à ne retenir que la première syllabe du nom de la ville pour affirmer que Porrentruy est une « ville pont ».

La découverte, en 1983, d’un fanum (temple gallo-romain), près du cimetière actuel « En Solier », ainsi que les fouilles sommaires menées en 1986, ont permis aux archéologues d’affirmer que le site était occupé dès le début de l’ère chrétienne.

Les aléas de l’histoire ont accordé à la ville un destin mouvementé et, partant, des maîtres forts divers. Après avoir appartenu aux comtes d’Alsace, le noyau urbain devint propriété de l’abbaye de Moutier-Grandval, d’où l’église de Saint-Germain, tandis que la colline sud, qui vit s’ériger l’église de Saint-Pierre, dépendait du couvent de Bellelay. Au Nord, les comtes de Ferrette possédaient la région du Château. En 999, le roi de Bourgogne transjurane, Rodolphe III, donna à l’évêque de Bâle l’abbaye de Moutier-Grandval et toutes les terres de l’institution religieuse. Ce don fit du prélat de la ville rhénane un prince, en plus de l’évêque qu’il était. A partir de cette date et jusqu’en 1270, les princes-évêques de Bâle procédèrent à des achats divers et l’Ajoie devint partie intégrante de leurs terres, dont ils restèrent les maîtres jusqu’à la Révolution française.

Une date à retenir : le 20 avril 1283

En ce XIIIe siècle finissant, une partie de l’Ajoie, dont Porrentruy, est occupée par Renaud de Bourgogne. Henry d’Isny, prince-évêque de Bâle, fait appel à son ami l’empereur Rodolphe de Habsbourg, afin qu’il l’aide à recouvrer ses propriétés ajoulotes. L’empereur vient donc faire le siège à Porrentruy. Après six semaines, l’usurpateur bourguignon se rend, fait sa soumission au chef de l’Empire et restitue ses biens au prince-évêque. L’acte solennel de restitution est suivi d’un acte plus particulier : l’octroi de la fameuse charte de franchises à la ville, le 20 avril 1283, par laquelle Rodolphe de Habsbourg accorde aux Bruntrutains les mêmes avantages que ceux concédés à Colmar, en y ajoutant le droit de tenir marché le jeudi, ce qui se fait encore actuellement.

En 1527, nouveau coup du destin ! Le prince-évêque quitte Bâle gagnée à la Réforme et s’installe en son château bruntrutain, qui devient sa résidence officielle. Il en profite pour l’agrandir en faisant construire la Résidence et la Chancellerie. Porrentruy accède, par la même occasion, au rang de capitale d’un des nombreux Etats de l’Empire.

La fin du XVIe siècle est marquée par la présence, durant trente ans, du plus illustre des princes-évêques de Bâle : Jacques-Christophe Blarer de Wartensee. Il régna de 1575 à 1608. Ce seigneur rénova le château, créa le Collège des Jésuites et assura la fondation d’une imprimerie. La ville connut une ère de prospérité qui prit fin avec la guerre de Trente Ans (1618-1649), durant laquelle la cité fut assiégée et occupée à plusieurs reprises par des troupes diverses.

Un renouveau survint durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle, après les troubles contre l’absolutisme. La révolte est incarnée par Pierre Péquignat et les commis d’Ajoie (exécution le 31 octobre 1740).

L’Evêché se dote d’un important réseau routier et Porrentruy voit s’ériger les grands bâtiments qui font encore la richesse architecturale de la cité : l’Hôtel de Gléresse, l’Hôtel des Halles, l’Hôtel de ville et l’Hôtel-Dieu.

1792 la révolution française gronde aux portes de la principauté-épiscopale. Le 27 avril, Joseph de Roggenbach, dernier prince régnant, quitte Porrentruy, quelques jours avant l’arrivée des troupes révolutionnaires.

Elles envahirent le pays qui forma d’abord la République rauracienne, de durée éphémère, avant d’être réunie à la grande République.

Porrentruy cessait d’être la capitale de l’Evêché de Bâle, ce qui lui avait valu des jours de splendeurs certes, mais aussi bien des vicissitudes ! La ville fut pendant sept ans le chef-lieu du département français du Mont-Terrible, département absorbé ensuite par celui du Haut-Rhin, avec Colmar pour chef-lieu; Porrentruy ne fut plus qu’une modeste sous-préfecture.

Après la chute de Napoléon, une déclaration du Congrès de Vienne, du 20 mars 1815, fixa le sort de Porrentruy et des contrées soumises précédemment au pouvoir temporel des princes-évêques de Bâle : elles devinrent suisses par le biais de leur rattachement au canton de Berne.

Dès 1948, divers mouvements engagèrent la lutte pour l’indépendance partielle ou totale des régions de l’ancien Evêché de Bâle devenues Jura bernois. Ces actions aboutirent à la création de la République et Canton du Jura, 23e canton suisse, le 23 juin 1974 qui entra en souveraineté dès le 1er janvier 1979.

La légende du sanglier

Les armoiries de Porrentruy, d’argent au sanglier de sable, font partie de l’histoire de la cité. Comme la ville, elles ont fait l’objet de diverses études et la légende qui les illustre est digne d’être contée.

Le sanglier, symbole de l’intrépidité et du courage, a figuré souvent sur les bannières. De plus, l’animal a toujours hanté nos régions; aujourd’hui encore, il donne lieu à des traques hivernales soigneusement organisées et fort prisées des chasseurs du cru.

La légende est plus lyrique : »Un jour d’autrefois, une singulière bête, courant ventre à terre, queue en l’air et la gueule grande ouverte (un énorme sanglier) franchissait le rempart de dix pieds comme si ç’avait été une petite clôture de rien du tout. »

Après moult péripéties dont le récit fait état, la bête fut frappée à mort par la hache lancée d’une fenêtre par un courageux bruntrutain ! Elle s’écroula finalement devant le perron de l’Hôtel de ville.

L’aventure fit comprendre à « Messieurs du Conseil » qu’en certains endroits le mur de l’enceinte de la ville était insuffisamment haut pour s’opposer aux attaques de l’ennemi. Il fut donc décidé de « pousser les remparts à une hauteur plus imposante ».

« Ce sanglier providentiel était donc, à n’en pas douter, le messager des Puissances protectrices de la cité… Le Conseil arrêta, en séance solennelle, que, dorénavant, le sanglier deviendrait l’emblème de la louable ville de Porrentruy. Les étendards de la cité arborèrent donc le sanglier de sable sur champ d’argent et les sceaux officiels imprimèrent sur tous les documents l’animal héraldique, hirsute, bondissant et grognant, qui avait incarné, à un moment mémorable, le bon génie de la cité ».